ZOOM sur... la peur de MANQUER - êtes-vous concerné.e ?

Parmi les peurs les plus courantes, il en est une que j’ai pu explorer en profondeur lors de récentes séances de kinésio, et sur laquelle il me semble intéressant de s’attarder un peu, parce qu’elle est à la fois primaire et très actuelle : la peur du manque.

Pourquoi très actuelle ? Depuis quelques années, le monde paraît particulièrement instable et incertain sur les plans géopolitique, économique, climatique… On nous parle de « crises énergétiques », de « pénuries » et de « restrictions à venir » sur telle ou telle ressource. Les médicaments. Les métaux. Et bientôt, l’eau douce 1.

Chez certaines personnes, cela peut générer un vif sentiment d’insécurité, et des paniques qui semblent parfois irrationnelles. On s’est moqué des caddies débordant de stocks de pâtes et de papier toilette. On se souvient de l’improbable pénurie de moutarde en 2022. Cette année, on s’est agacé à faire la queue à la station-service (et on n’a pas fini)...

1. Un rapport de l’ONU nous alerte sur une « faillite mondiale de l’eau » due aux activités humaines (Global Water Bankruptcy, 20 janvier 2026.

Bon... respirez tranquillement, j’arrête là. Loin de moi l’envie d’attiser la peur de manquer. Il s’agit plutôt de vous aider à reconnaître les formes qu’elle peut prendre, à l’accueillir et si possible, à la neutraliser ou à vous en libérer.

Vous vous sentez particulièrement concerné, sensible et réactif au manque, à la perte, à la privation, à la restriction ? Spontanément, l’idée vous vient que « ce n’est jamais assez » ? Autrement dit « on n’a jamais trop » ?

Ou alors, vous avez procrastiné tout l’été, vous êtes trouvé fort dépourvu quand l’huissier fut venu, et êtes allé crier famine chez Marie la tantine… (cheh).

Cette sensibilité peut parfois être liée à d’anciennes blessures ou à des « programmes » de survie qui se réactivent, et qui viennent de très loin : souvent de notre petite enfance – dont on ne se rappelle (quasi) rien –, ou même d’une transmission transgénérationnelle de vécus traumatiques ; autrement dit de nos ascendants, dont on ne connaît pas forcément l’histoire, les déboires ni bien sûr les intimes secrets.

L'exploration en kinésiologie

En séance, il est possible d’explorer les ressentis corporels, émotionnels et les associations symboliques liées à l’insécurité, et d’investiguer sur les conflits dits programmants et déclenchants. Eurêka, l’enquête peut se révéler passionnante et libératrice. Mais il faut reconnaître qu’elle a aussi ses limites, que les éléments qui émergent en séance doivent être accueillis avec prudence et discernement, car ils peuvent en réalité posséder une valeur symbolique ou émotionnelle, sans forcément constituer des faits historiques réels, et vérifiables a posteriori par des témoignages ou des documents d’archives.

À cet égard, j’ai régulièrement pu me rassurer et conforter le cadre de ma pratique, car j’ai la chance de recevoir beaucoup de personnes intéressées par la généalogie, et beaucoup de familles, parfois cinq ou six membres issus de plusieurs générations – merci de votre confiance ! Ainsi, j’ai maintes fois été frappée par des recoupements d’information, des schémas répétitifs, des confirmations rapportées par les consultants eux-mêmes après leurs recherches personnelles.

J’ai souvent pu observer une association cohérente entre une peur de manquer et de forts ressentis d’insécurité physique, matérielle et/ou affective, au moment de la conception, de la vie intra-utérine, de la naissance et/ou pendant les trois premières années de vie. Et face à l’insécurité, notre cerveau active naturellement des mécanismes de survie. Le système nerveux se met alors en état d’alerte pour anticiper les menaces et limiter les risques de perte.

Allons encore plus loin. Parfois, un lien semble se révéler avec une expérience traumatique de privation vécue par un aïeul ; une période de disette, de famine, de faillite personnelle ou de dévastation.

La vie insulaire accentue le manque

Ici à la Réunion, pensons notamment à tous les premiers colons, esclaves et engagés, déracinés, en manque de repères, de leurs proches et de leur culture. Pensons aux cyclones historiques – 1932, 1945, 1948, 1962 (Jenny), 1980 (Hyacinthe)… – et aux épidémies ravageuses (peste, choléra, typhus, variole, paludisme, grippe espagnole) depuis la deuxième moitié du 19e siècle.

Rappelons qu’à la Libération, l’île est une colonie exsangue ; le réseau routier, l’agriculture et l’état sanitaire sont absolument déplorables.

Rappelons aussi qu’aujourd’hui, la Réunion est encore loin de l’autosuffisance alimentaire, et que les ruptures d’approvisionnement par importation sont courantes.

Je pense aussi à des problématiques d’héritage, de partage, de perte, de spoliation, d’appropriation de bien ou de déclassement social (situations fréquemment rencontrées dans mes séances, visiblement liées à l’histoire sociodémographique de l’île)…

Bref, il y aurait encore beaucoup à dire sur l’idée du manque, qui prend ici une rare profondeur. Mais gardons-nous de trop associer la Réunion à cette notion, car l’inverse est aussi vrai : sa nature est généreuse, fertile et abondante. Pas de biais misérabiliste ici, mais l’envie de souligner l’importance de l’environnement et de l’histoire collective sur les trajectoires individuelles à mes yeux, et la prise en compte croissante de la dimension transgénérationnelle dans ma pratique.

Votre totem : le labrador ou l’écureuil ?

Connu comme glouton, le labrador peut continuer à manger sans avoir faim, si sa gamelle est toujours pleine. L’écureuil, lui, est connu pour faire des réserves de nourriture.

L’un perd le contrôle, l’autre hypercontrôle. L’un se remplit, l’autre remplit. Deux modes d’adaptation différents, fondés sur des mécanismes de compensation ou d’évitement.

Ainsi, la peur du manque peut conduire à deux grandes tendances compulsives plus ou moins marquées, et qui peuvent coexister :

1. les addictions (bien sûr, elles ont des causes multiples ; biologiques, psychologiques et sociales) 

2. l’accumulation. Celle-ci peut aller jusqu’à des troubles neuropsychologiques ou psychiatriques, comme la syllogomanie (thésaurisation pathologique), le syndrome de Diogène (accumulations avec négligence extrême du domicile et isolement social), ou le syndrome de Noé (accumulation incontrôlée d’animaux chez soi).

Dans l’addiction, on revit constamment et on entretient malgré soi l’expérience du manque. Dans l’accumulation compulsive, on prévient et on évite le manque. Dans les deux cas, on manque… de liberté d’être et d’action. Mais on peut décider de fonctionner autrement, d’élargir sa zone de confort et de renforcer ses capacités d’adaptation. La première étape ? Une introspection.

Exercice : votre rapport au manque

Je vous propose de vous poser tranquillement 5 à 10 minutes pour regarder votre peur du manque en face et de réfléchir aux questions suivantes :

  • De quoi avez-vous manqué dans votre vie ? Et quand ?
  • Autrement dit, après quoi avez-vous longtemps couru ? (l’argent, l’amour, la reconnaissance, le temps ?...)
  • Y a-t-il une espèce de peur du vide, du néant, de la perte ? Un sentiment de manque, ou une sensation physique de manque ?
  • Y a-t-il un besoin de (se) remplir, de stocker, de conserver ?
  • Y a-t-il des conduites addictives, des dépendances affectives ?
  • Et comment se manifeste le manque dans votre famille, côté maternel et côté paternel ?

Des exemples concrets : avez-vous un parent dépendant à l’alcool et/ou au tabac ? Un frère à découvert chaque mois, ou péniaphobique (crainte excessive de devenir pauvre) ? Une sœur qui a été boulimique ? Un oncle survivaliste ? Une tante atteinte de collectionnite aiguë (timbres, pièces, autographes, boules à neige, capsules de bouteilles…) ?

Si beaucoup d’exemples vous viennent en tête, peut-être est-il le moment de vous délester de certains conditionnements liés à la peur du manque ? Et parmi les outils possibles, la kinésiologie peut vous être profitable.

Le manque et moi

Allez, je joue le jeu sur ce blog personnel et vous dévoile un peu de mon rapport au manque.

Un témoin fort, parmi d’autres : une tendance à l’hypoglycémie (sans diabète), partagée par plusieurs membres de ma famille côté paternel. Jusqu’à mes 40 ans au moins, faire une diète ou sauter un repas – même le goûter ! – m’était impossible. Même quand j’étais malade ! Depuis, je suis fière d’avoir pu expérimenter le jeûne.

Une anecdote, un événement marquant : la tempête Martin, dite « tempête du siècle » (27 décembre 1999) en Aquitaine. J’ai souvenir d’une coupure d’électricité pendant 6 jours, d’être sans chauffage, sans connexion téléphonique et sans lumière dès 18h le soir ; inquiète pour mon bébé qui souffrait d’une bronchiolite, et très en colère. Dans les magasins et supermarchés alentour, rupture de piles, batteries et bougies. Et l’église du village avait été dévalisée de ses cierges !…

C’est à cette période-là, il me semble, que j’ai rencontré le concept de la pyramide des besoins de Maslow, et découvert le principe bouddhiste de l’impermanence. Depuis lors, j’ai vécu bien d’autres situations de perte et de manque, bien sûr. Mais la peur, la frustration et l’impatience s’effacent de plus en plus, et peuvent désormais coexister avec la confiance, la flexibilité et la résilience.

Cet article propose des pistes de réflexion et d’introspection, et ne remplace évidemment pas un suivi médical ou un accompagnement psychothérapeutique lorsque la souffrance devient importante.


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